Le caractère réfragable de la présomption d’urgence à suspendre un permis de construire

Par une décision du 26 mai 2021, le Conseil d’Etat a rappelé que la présomption d’urgence à suspendre un permis de construire n’était pas irréfragable. De surcroit, il a jugé que lorsqu’un juge des référés communique un mémoire après la clôture de l’instruction, il doit être regardé comme ayant rouvert l’instruction de ce seul fait, ne pouvant donc, sous peine d’irrégularité, rendre son ordonnance avant d’avoir à nouveau clos l’instruction.

En l’espèce, deux requérants et une association ont demandé au juge des référés de suspendre un arrêté préfectoral autorisant une société à exploiter des unités de traitement et de reconditionnement de déchets non dangereux ainsi qu’un arrêté préfectoral également accordant un permis de construire autorisant la construction dudit projet. Néanmoins, le juge des référés a rejeté leur demande.

Saisi à son tour, le Conseil d’Etat rappelle tout d’abord que la présomption d’urgence prévue à l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme est dépourvue de caractère irréfragable. Au cas d’espèce, un intérêt public s’attachait à l’exécution de l’arrêté préfectoral litigieux dès lors qu’il allait permettre de réduire des nuisances subies par les riverains, contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et favoriser le traitement et la valorisation de bio-déchets.

Ces éléments ont suffi à renverser la présomption d’urgence prévue par le code de l’urbanisme, d’autant plus que, selon le Conseil d’Etat, les requérants n’ont pas démontré que le projet créerait pour eux des nuisances supérieures à celles qu’ils subissaient d’ores-et-déjà.

De surcroit, après avoir rappelé les modalités d’application du principe du contradictoire à la procédure d’instruction, la Haute juridiction souligne qu’en matière de référé, la transmission aux parties d’un mémoire après la clôture de l’instruction entraine la réouverture de l’instruction et contraint donc le juge administratif de fixer une nouvelle audience ou d’informer les parties de la date de l’heure de la clôture d’instruction.

En tout état de cause, le juge des référés ne peut rendre son ordonnance tant que l’instruction est en cours, sous peine d’entacher la procédure d’irrégularité.

Sources et liens

À lire également

Droit de l'urbanisme et de l'aménagement
Jeux Olympiques et Paralympiques de 2030 : pas de projet unique, pas de participation du public
Par une décision du 3 avril 2026 (CE, 1ère et 4ème chambres réunies, 3 avril 2026, n° 512270), le Conseil...
Droit de l'urbanisme et de l'aménagement
Précisions sur les conséquences devant être tirées d’un avis défavorable de l’ABF dans le cadre d’un projet mixte
Le Conseil d’Etat a précisé les conséquences devant être tirées d’un avis défavorable de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF)...
Droit de l'urbanisme et de l'aménagement
Compromis de vente et lotissement : le Conseil d’État sécurise le transfert de propriété
Le Conseil d’État a jugé que, pour bénéficier de l’arrêté de non‑opposition à déclaration préalable d’un lotissement, la condition relative...
Droit de l'urbanisme et de l'aménagement
Refus de certificat de permis tacite : un contentieux aligné sur celui des autorisations d’urbanisme dans les zones immobilières tendues
Par un arrêt en date du 2 mars 2026 (CE, 2 mars 2026, Commune de Hyères, n° 508188), le Conseil...
SENSEI avocats distingué dans le classement des meilleurs cabinets d'avocats de FranceEn 2026, SENSEI avocats est distingué pour la cinquième année consécutive dans le classement du magazine Le Point « des meilleurs Cabinets d’avocats de France ».